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Coco ne reste pas oisive, comment pourrait-elle oublier les rudiments enseignés étant enfant par les sœurs de manier le fil et l’aiguille. Saisissant la balle au bond, c’est peut être par la couture qu’elle franchira l’obstacle qui mène à la liberté et l’indépendance.
Ne perdant pas de temps, elle s’imprègne de l’enrichissante initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du moment.
Elle se confectionne des petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas sur son front, et pour assister aux mondaines courses de chevaux, lieu où il faut voir et être vue, elle n’arbore pas les robes des grands couturiers mais ses propres réalisations.
Jeune femme charmante mais aux styles décalés, tantôt écolière en tenue sobre et sage noire et blanche (restants de souvenirs d’une enfance ébranlée), tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo et jodhpurs, tenue empruntée aux cavaliers. Ses créations sont tellement différentes et avant-gardistes de celles que portent les élégantes de l’époque.
C’est grâce à son nouvel amant, le riche Arthur Capel dit « Boy », qui n’est autre que le meilleur ami de Balsan, que Coco va ouvrir sa première boutique de modiste dans la capitale du luxe et du bon goût, Paris.
Le 21 rue Cambon qui deviendra, quelques années plus tard et à jamais, l’antre de la créatrice d’une nouvelle silhouette, le repère de la meneuse de la lutte pour la libération des corps guindés, le royaume de la Reine de la couture et du bon goût.
1914 sonne la charge du conflit franco prussien, Coco et son amant se replient à Deauville sur les bords plus calmes de la Manche.
Deauville, un campement doré planté de cossues maisons au style anglo-normand qui abritent les réfugiés de la haute société parisienne.
Notre petite modiste ne perd pas de temps. De front, elle lance un premier assaut, ciseaux, tissu, fil et aiguille sont ses pacifiques munitions, elle fait ses premières armes sur les belles réfugiées qui arborent des tenues moins guindées qu’à Paris.
Plus de tissu ? Qu’à cela ne tienne Coco ne perdra pas la bataille !
Rien ne l’arrête, elle lance une nouvelle offensive et sort sa botte secrète, la robe de sport taillée dans du jersey, un tissu confortable emprunté à la tenue des lads.
Quelle témérité ! Lutter pour libérer les corps et marier les styles sans les sacrifier puis aboutir à une alchimie composée de raffinement, d’élégance et de décontraction, sans le moindre heurt de grossièreté. Belle stratégie !
De retour à Paris dans son fief, à présent au 31 rue Cambon les affaires vont bon train, Coco refusant de se faire entretenir peut rembourser Arthur Capel de l’argent qu’il lui a prêté pour démarrer.
« Chanel Modiste » ne fait que prospérer employant près de 300 ouvrières. 300 abeilles qui oeuvrent dans la ruche effervescente et modernisent la femme des années folles. Elles veulent toutes ressembler à Coco, minces, cheveux courts, porter le pantalon se sentir libres en n’arborant plus de tenues étriquées. Coco pulvérise la mode XIXe.
C’était sans compter sur la solitude et la peine, guettant leur proie tapis dans l’ombre ils bondissent toutes griffes dehors en emportant la veille de Noël 1919 l’homme qu’elle aime dans un accident de voiture. Un chagrin de plus à enfermer dans le tombeau de son cœur.
Coco fait la connaissance, chez son amie Cécile Sorel, de Misia Sert. L’intime, la muse, l’égérie des artistes, fille de sculpteur polonais et femme de peintre espagnol, Misia Sert fréquente et reçoit dans son salon tout le gratin artistique et culturel. Mécène de Diaghilev, la maison de couture Chanel fera la création des costumes pour son ballet Le Sacre du Printemps, puis pour Le Train Bleu.
Entre 1919 et 1939 Coco Chanel est une créatrice toujours plus prolifique et reconnue sur la place de Paris, elle habille les riches mondaines de pied en cape, les pare de bijoux et de sac en bandoulière, de tenues élégantes pour le soir et sportives ou chics pour la journée, elle les parfume en créant le mythique N°5 (80000 fleurs de jasmin pour 100 millilitres) qui sera porté dans le monde entier, certaines stars américaines en parfumeront leur bain. Et les plus belles actrices en assureront la promotion.
Elle ne baisse pas les armes à l’arrivée de la créatrice Italienne Elsa Schiaparelli qui rayonne aussi dans la couture, ni pendant la grève de ses ouvrières, ni à l’annonce des premiers congés payés, femme autoritaire et impitoyable, elle se bat pour garder sa première place.
Côté vie privée, c’est dans sa somptueuse suite de l’Hôtel Ritz, situé sur la célèbre Place Vendôme, que mademoiselle Chanel, madone de la couture, pose ses bagages lorsqu’elle n’est pas en voyage.
Ses amis sont sa seule famille, c’est ainsi qu’elle le souhaite et s’entoure d’artistes tels que Stravinsky, Lifar, Morand, Picasso, Diaghilev, Cocteau. Très aimée mais refusant toujours le mariage, Coco aura d’illustres amants comme le grand-duc Dimitri Romanov, sang bleu de la Russie blanche, en exil pour avoir participé à l’assassinat de Raspoutine et qu’elle hébergera dans sa maison de Garches, le richissime, adorable, simple et élégant duc de Westminster liaison qui durera six ans et le poète Narbonnais Pierre Reverdy, amant discret qui lui donne le goût des livres.
Second conflit, la maison Chanel est obligée de licencier le personnel (4000 ouvrières travaillent pour Chanel à l’époque et plus de 25000 modèles sortent des ateliers), elle doit fermer la rue Cambon.
Coco ne peut pas lutter face à la morosité de la deuxième guerre et se réfugie un temps dans sa suite du Ritz, elle n’est pas seule son amant du moment, un très mauvais choix, n’est autre qu’un officier des renseignements du Reich, Coco doit s’exiler en Suisse pour ne pas subir les foudres des FFI qui la surveillent et de la vox populi qui se fait entendre.
Ce n’est qu’en 1953 qu’elle refait son apparition sur la scène parisienne, à la demande de ses commanditaires, et rouvre le 31 rue Cambon non sans difficultés. Agée de 70 ans Coco Chanel a du mal à imposer son style face aux jeunes créateurs comme Christian Dior de 20 ans son cadet qui s’est fait une renommée internationale avec le style « new look ».
Décidée et toujours battante, elle est soutenue par la rédactrice du magazine « ELLE », le magazine américain « LIFE » et les acheteurs New-yorkais afin de s’imposer.
Pari gagné avec l’arrivée fracassante du célèbre tailleur de tweed à motifs écossais. Coco Chanel disait « le grand couturier est un homme qui a de l’avenir dans l’esprit ».
La maison Chanel ne se contente pas de parfumer les plus grandes actrices outre atlantique, elle les habille depuis 1930. Sa plus belle ambassadrice dans les années 60 est la première dame des Etats-Unis, Jackie Kennedy, icône américaine de la modernité et de l’élégance qui portait le fameux tailleur Chanel rose lors de l’assassinat de son mari à Dallas.
Chanel représente le symbole de la femme moderne libérée, élégante et dynamique.
Gabrielle Chanel nous a quitté le 10 janvier 1971.
Alain Wertheimer, petit-fils de l’associé de Coco, et sa famille dirige à 100% depuis New-York cet empire du luxe qui pèse aujourd’hui plus de 8 milliards de francs.
Rédaction du texte CGP Dossier dédié à Julie
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